En remettant sur le tapis la question de la proportionnelle, Nicolas Sarkozy a donné des sueurs froides à quelques ténors de
l’Ump pour lesquels une telle hypothèse est l’abomination de la désolation. Ils ont été rejoints en cela pour une cohorte de commentateurs qui considèrent que les besoins d’une majorité
stable doivent l’emporter sur toute autre considération. Les uns et les autres ont tort.
En fait, le Président agite un hochet qu’il avait déjà sorti de sa besace en 2007, lorsqu’il voulait appâter les électeurs du
FN et du Modem en sachant parfaitement qu’il ne passerait pas à l’acte. S’il avait voulu instaurer une dose de proportionnelle, il en aurait eu tout le loisir puisque la mesure figurait
explicitement à son programme.
Le problème est cependant bien réel. En effet, le système actuellement en vigueur est une machine infernale qui permet
d’accoucher de majorités non représentatives de la nation.
Voilà une bien étrange conception de la souveraineté populaire qui est à la base de la République. En principe, un homme vaut
une voix. Avec le scrutin majoritaire, certains hommes valent plus d’une voix et d’autres, moins. Ainsi, en 2007, la majorité présidentielle regroupée autour de l’Ump a obtenu 54,2 % des
sièges alors qu’elle ne représentait que 45 % de l’électorat. Le PS (avec ses alliés) en a lui aussi profité puisqu’avec 24 % des voix, il s’est adjugé 42 % des sièges. En revanche, les
autres partis ont été laminés. Les communistes ont sauvé 15 députés sur 577, soit 2,6 % de sièges alors que leur score électoral était de 4,3 %. Les écologistes n’ont obtenu que quatre
députés, soit 0,7 % des sièges pour 3,25% des voix. Le Modem, qui avait obtenu 7,6 % des voix, a dû se contenter de trois sièges (0,5 %). Quant au FN, il n’a eu aucun élu malgré un score de
4,3 %.