Les affaires sérieuses vont commencer cette semaine pour François Hollande, après sa victoire
logique contre Nicolas Sarkozy, le 6 mai 2012 à l’élection présidentielle.
La Gauche ne peut pas se permettre de décevoir ses électeurs et se trouve dans l’obligation de
réorienter la politique d’austérité impulsée par la Communauté Européenne dans les pays de l’UE et de la zone euro.
François Hollande va rencontrer le 15 mai 2012 la chancelière Angela Merkel et
devra lui signifier qu’il a été mandaté par le peuple Français pour renégocier le MES (mécanisme européen de stabilité).

La gouvernance de l’UE ne permet pas de résoudre les problèmes financiers auxquels sont confrontés les pays de
l’Union Européenne qui s’enfoncent de plus en plus dans la récession, et qui les empêchent de refinancer dans de bonnes conditions leurs dettes souveraines respectives.
Les plans d’austérité qui ont été mis en place dans tous les pays en difficulté rendent quasiment impossible le
redressement de leurs finances publiques.
La Grèce est en pleine crise politique, après avoir été en pleine crise économique, financière et sociale. Elle
est actuellement ingouvernable et pourrait sortir de la zone euro, à cause des conditions draconiennes qui lui ont été imposées par la Troïka (FMI, la BCE et la CE) pour restructurer sa
dette souveraine et ses finances publiques.
L’Espagne est aussi dans une situation délicate et ne pourrait pas non plus tenir ses engagements quant à
l’assainissement de ses comptes publics.
Dans ses dernières prévisions économiques rendues publiques vendredi, la Commission table sur un déficit public
de 6,3% du PIB l'année prochaine. "La question est de savoir comment et quand on va affronter ce problème. Ca ne sera pas lundi car il ne faut pas donner de mauvais signaux au marché", estime une
source diplomatique européenne.
L’Italie s’enfonce également dans la récession. Le 18 avril 2012 le gouvernement italien a annoncé la
révision à la baisse de ses objectifs de croissance pour 2012, avec une contraction de 1,2 % de son PIB, au lieu du 0,4 % évoqué en décembre dernier. Autre mauvaise nouvelle : le déficit
public devrait atteindre 0,5% du PIB en 2013, contre 0,1% prévu initialement. Par conséquent, le retour à l’équilibre budgétaire devrait être retardé.
Le Président du Conseil Mario Monti essaie tout de même de se montrer optimiste. Il rappelle que la
croissance devrait revenir en 2013. La dette devrait se réduire, passant de 120,3 % du PIB aujourd'hui à 110,8 % en 2015. Mario Monti l’assure : "Nous nous battons tous les jours pour éviter
le destin dramatique de la Grèce". Pas sûr que cela soit suffisant pour convaincre les marchés.
L’Allemagne de l’austère Angela Merkel commence à connaître elle aussi des difficultés sur le plan
intérieur.
Le moral des consommateurs flanche, les exportations stagnent et le niveau d'activité industrielle a des accès de faiblesse.
Mercredi 2 mai, l'indice PMI des directeurs d'achat permettant de mesurer le niveau de la
production a reculé. En cause, "la demande, plus faible, des clients d'Europe du Sud", selon Markit, l'institut qui publie cette donnée.
Pour Christian Ott, économiste chez Natixis à
Francfort, ce ralentissement n'est pas très étonnant. Il reflète, une fois de plus, la vulnérabilité du modèle économique allemand, focalisé sur le commerce extérieur : 40 % de ses exportations
sont, rappelle-t-il, destinées aux pays de la zone euro. "Ce qui est finalement surprenant, c'est que l'Allemagne ait résisté si longtemps", estime M. Ott.
Reste à savoir s'il s'agit d'un simple trou d'air ou des prémices d'une dégradation plus profonde. Après le recul du produit
intérieur brut (PIB) de 0,2 % au quatrième trimestre 2011, la plupart des experts s'attendent à une croissance zéro pour les trois premiers mois de 2012. Mais, si le PIB est négatif, même
légèrement, le pays sera techniquement en récession.
Il ne faut pas oublier qu’en 2010 l’Europe dans son ensemble représente 80% de l’excédent commercial allemand,
dont 56% pour la seule zone euro (qui représente par ailleurs « seulement » 41% des exportations allemandes).
En 2010, les exportations allemandes ont atteint 959,497 Md€, soit un niveau tout proche du record de 2008 (985 Md€ selon le FMI),
les importations 806,164 Md€ et le solde commercial +153,333 Md€. La machine à exporter est donc repartie à plein régime. Les exportations devraient représenter 46% du PIB, les importations 40,5%
et le solde commercial 5,2% du PIB.
La France reste de loin le premier client pour les exportations allemandes (90,694 Md€), devant les Etats-Unis (65,57 Md€). Elle
n’est en revanche que le troisième fournisseur de l’Allemagne (61,75 Md€ d’importations), derrière la Chine (76,52 Md€ d’importations) mais aussi les Pays-Bas (68,76 Md€). La France est donc, de
loin, le premier contributeur à l’excédent commercial allemand (+28,943 Md€ en faveur de l’Allemagne), devant le Royaume-Uni et les Etats-Unis (+20 Md€ chacun).
Les années passent et la tendance ne se redresse absolument pas …
Regardons maintenant les principaux contributeurs à cet excédent commercial allemand en voie de prompt rétablissement.
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Pays partenaires
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Solde commercial (Md€)
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Part dans l’excédent commercial total
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Zone euro
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+85,495
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55,8%
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Reste de l'UE
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+36,833
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24%
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Reste de l'EEE et Suisse
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-0,958
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-0,6%
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Total Europe
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+121,370
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79,2%
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Comme tous les pays du sud de la zone euro continuent à s’enfoncer dans la récession, il est bien évident
que l’Allemagne va en pâtir au niveau de son commerce extérieur et qu’elle va être obligée, bon gré mal gré de sortir de son orthodoxie budgétaire qui pénalise tous ses pays voisins.
Imposer une règle d’or dans un contexte de récession s’avère suicidaire et pourrait conduire les peuples à la
révolte ou à soutenir de plus en plus des partis populistes qui sont les seuls à s’opposer aux plans d’austérité et à proposer d’en revenir aux Etats Nation, pour gérer cette crise
financière sans précédent qui tue à petit feu les économies des pays développés.
Comme le dit très bien l’économiste Jacques Sapir, François Hollande ne pourra pas réorienter l’Europe
sans provoquer une crise. S’il ne le fait pas, cela voudra dire qu’il aura cédé aux oligarchies financières et aux multinationales qui dirigent le monde depuis les années 1980.
http://www.marianne2.fr/Sapir-Hollande-ne-pourra-reorienter-l-Europe-sans-provoquer-une-crise_a217396.html
Les peuples qui souffrent du chômage, d’une baisse de leurs revenus, de la précarité grandissante des emplois
proposés sur le marché du travail, d’une crainte pour leurs retraites ne resteront pas éternellement sans réagir et nous pourrions assister dans les années à venir à une recrudescence des
conflits sociaux qui pourraient déstabiliser les gouvernements en place.
Les politiques néolibérales soutenues pendant des années par les partis conservateurs et les partis sociaux
–démocrates sont de plus en plus contestées et c’est pour cette raison que la France sous la présidence de François Hollande se doit de tout faire pour remettre en cause la gouvernance
actuelle de l’Europe et également la mondialisation des échanges commerciaux, qui ne protègent nullement les intérêts des pays de l’Union Européenne.
Si François Hollande n’a pas le courage de dire à ses partenaires qu’il faut changer de politique pour
retrouver des marges de croissance, la gauche sera sanctionnée sévèrement en 2017, comme l’a été le candidat de la droite Nicolas Sarkozy en 2012.
Comme je le disais dans un précédent article, les partis populistes, comme le Front National en France, ne
pourront que prospérer si les partis de gouvernements traditionnels sont incapables de régler dans la justice sociale et l’équité, la plus grave crise économique, financière et sociale
que nous ayons connue depuis 1929.
Il convient de rappeler que la responsabilité de cette crise n’en revient nullement pas aux
peuples qui la subissent, mais à l’incompétence de nos gouvernants qui se sont rendus complices des oligarchies financières et des multinationales qui se sont enrichies sur le
dos des peuples, sans vergogne et en toute immoralité sans que les politiques ne les empêchent de nuire à l’intérêt général.
Fabrice LETAILLEUR